Le 22 janvier 2026, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a publié un communiqué à l’issue de l’examen de l’Espagne par le Comité des droits de l’enfant. Si ce texte salue les avancées de l’Espagne en matière de protection des mineurs contre la violence, il met surtout en lumière une contradiction majeure : la persistance de l’exposition et de la participation des enfants à des événements violents, dont les corridas.
Fait nouveau et majeur, l’État espagnol reconnaît explicitement les préoccupations du Comité concernant l’exposition et la participation des enfants aux corridas.
Le Comité aborde l’ensemble des violences faites aux enfants – physiques, psychologiques, sexuelles, intrafamiliales, numériques, sociales et économiques – et place clairement la question de la corrida dans ce même cadre de protection de l’enfance.
La corrida n’est pas évoquée de manière marginale : elle est mentionnée dès le titre même du communiqué, ce qui signifie qu’elle est considérée comme une question centrale de protection de l’enfance.
Les experts de l’ONU soulignent la qualité de la loi organique espagnole 8/2021 sur la protection intégrale des enfants contre la violence, considérée comme l’une des plus avancées d’Europe. Cette loi affirme clairement que les enfants doivent être protégés de toute forme de violence physique, psychologique ou symbolique.
Mais le Comité relève immédiatement une incohérence : comment concilier ce principe avec la possibilité laissée aux mineurs d’assister ou de participer à des spectacles reposant sur la mise à mort et la souffrance d’animaux ?
La corrida explicitement mise en question
Le communiqué est particulièrement important car il cite directement les corridas parmi les événements posant problème. Les experts demandent à l’Espagne :
comment les enfants sont protégés face à la violence dans ces spectacles,
pour quelles raisons leur présence reste autorisée,
quelles garanties existent pour que l’intérêt supérieur de l’enfant prime sur les traditions culturelles,
et comment éviter que cette exposition ne soit banalisée ou imposée par l’environnement familial ou social.
C’est une reconnaissance claire, au plus haut niveau international, que la corrida pose un problème spécifique au regard des droits de l’enfant.
La réponse de l’Espagne
Dans sa réponse, la délégation espagnole reconnait les préoccupations du Comité concernant la corrida, mais n’annonce aucune interdiction nationale. Elle indique que :
la compétence relève largement des communautés autonomes,
certaines régions ont fixé des limites d’âge ou des mesures de protection,
la loi de 2021 constitue un cadre général qui doit encore être décliné.
Autrement dit, l’Espagne reconnaît explicitement l’existence d’un problème, mais renvoie la responsabilité à des réglementations locales, fragmentées et insuffisantes.
L’intérêt supérieur de l’enfant prime sur la tradition
Le Comité rappelle un principe fondamental : aucune tradition, aucun argument patrimonial ne peut justifier qu’on porte atteinte aux droits de l’enfant. L’exposition de mineurs à un spectacle reposant sur la violence, la souffrance et la mise à mort d’animaux relève pleinement de la protection de l’enfance et du respect de la Convention internationale des droits de l’enfant.
Interdire l’accès des mineurs aux corridas ne relève ni de l’idéologie ni de l’opinion, mais d’une obligation de protection conforme aux engagements internationaux des États.
Après l’Espagne, nous attendons désormais une position tout aussi claire pour la France.
Le COLBAC a d’ores et déjà informé les parlementaires sensibles à cette question.
Au niveau local, nous interrogerons les municipalités de Boujan-sur-Libron et de Béziers sur leurs responsabilités et sur les mesures concrètes qu’elles entendent prendre pour mettre fin à l’exposition des mineurs à un spectacle fondé sur la violence.
Le COLBAC rappelle que le maire de Béziers, Robert Ménard, a publiquement assumé une politique de prix attractifs visant à attirer les jeunes dans les arènes. Un nouveau souffle pour les arènes de Béziers : pourquoi pas un encierro comme à Pampelune dès 2021 ?Décembre 2020