5 – Qu’est ce qu’une féria ?

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La corrida n’est nullement indispensable à une feria. En revanche, une corrida ne peut survivre sans feria.

Présentation

Dans la 2ème moitié du 20ème siècle le milieu taurin, manquant de spectateurs, a imaginé d’organiser autour des arènes et aux frais des mairies, donc du contribuable, une grande fête municipale susceptible d’attirer la foule que la corrida était incapable de déplacer.
C’est particulièrement net à Béziers où, faute de public, la mairie a cessé d’organiser en septembre 1995 les corridas dites « de vendanges ». En 1998, toujours faute de public il a fallu renoncer aux corridas de juillet. Et les années suivantes on a renoncé même aux novilladas de juin toujours faute de spectateurs. La corrida à Béziers est désormais limitée à la feria d’août seule capable de garnir les gradins des arènes.
Selon les chiffres publiés chaque année par la mairie, la feria rassemble chaque soir entre deux et trois cent mille personnes. Sur ce nombre, une dizaine de milliers, donc une infime minorité, consent à assister aux corridas, présentées aux touristes comme le clou de la feria.
C’est la feria qui est indispensable à la survie de la corrida et pas l’inverse.

Définition

En latin classique le nom FERIAE désigne les jours de fête et de repos. De là vient l’expression française « jours fériés ». En latin tardif FERIA (au singulier) désigne le marché organisé un jour de fête. Ce nom est devenu en vieux français feire puis foire.
Le nom latin FERIA est passé sans altération en espagnol où il désignait autrefois le grand marché organisé à l’occasion de la fête annuelle du saint patron local : feria de san Isidro (Madrid), feria de san Fermin (Pampelune) etc. La conjonction d’une fête annuelle et d’un marché extraordinaire attirait une foule immense venue de loin pour vendre, acheter, échanger des nouvelles, faire des rencontres et se divertir. A la fête religieuse s’ajoutaient des réjouissances profanes: chanteurs, musiciens, comédiens, bouffons, montreurs d’animaux savants et autres professionnels du spectacle profitaient de ces grands rassemblements commerciaux et festifs où ils étaient assurés de ne pas manquer de spectateurs. Pour cette raison les professionnels de la tauromachie prirent l’habitude d’organiser des corridas à chaque feria.

Ainsi, dans l’Espagne d’autrefois, ce n’était pas la corrida qui faisait naître une feria. C’était au contraire le grand rendez-vous religieux, festif et commercial qui faisait vivre la corrida en lui procurant les spectateurs que la corrida était incapable de déplacer par ses propres attraits.

Au 19ème siècle la révolution industrielle, l’explosion des transports et l’exode rural facilitent les échanges commerciaux qui deviennent quotidiens. Foires françaises et ferias espagnoles perdent leur fonction commerciale. En France les foires disparaissent presque toutes. En Espagne, les ferias se réduisent à leur fonction festive. Aujourd’hui en Espagne, même dans les villes les plus taurines (Madrid, Séville, Bilbao) il est impossible, faute de spectateurs, de rentabiliser une corrida isolée, organisée en dehors d’une feria.

Seul le grand rassemblement festif d’une feria est capable d’attirer une foule suffisante pour remplir plus ou moins une arène.

Il est faux qu’une feria ait besoin de corrida. C’est au contraire la corrida qui ne survit que grâce aux ferias.

Apparition des férias françaises

Ayant remarqué que l’Espagne (à la seule exception de Barcelone) ne donne pas de corrida en dehors d’une feria, les organisateurs français, pour attirer du monde aux arènes, ont imaginé d’organiser, sous le nom espagnol de « feria », une grande fête municipale autour des corridas (alors qu’en Espagne, c’est la corrida qui se greffe sur une feria préexistante). En 1952 est organisée à Nîmes la première feria française. La première feria biterroise a lieu en 1968.
A Béziers comme à Nîmes, à Arles et partout, une « feria » française est une grande fête municipale qui dure plusieurs jours. Spectacles équestres, lâchers de taureaux dans les rues, concerts de rue et autres attractions, gratuits pour les touristes parce que payés par les contribuables, attirent une foule considérable: plus de 200.000 visiteurs certains soirs, d’après la mairie de Béziers.

L'imposture culturelle

Pour attirer les touristes amateurs de corridas, généralement friands d’exotisme et de Sud ardent, on déguise Béziers l’occitane en une prétendue cité andalouse. Pendant des années le slogan officiel, répété à satiété, fut que Béziers était la Séville française. On prodigue aux touristes flamenco, sévillane, paso doble, paella, sangria pour les dissuader d’aller chercher en Espagne cette corrida exotique et barbare qu’on tente de leur vendre ici. Cette mascarade se fait au détriment de la culture véritable de Béziers qui est historiquement le cœur de l’Occitanie. Autrefois capitale non seulement viticole mais aussi industrielle de tout le Languedoc, Béziers a été un exemple de prospérité. Pour évoquer une très grosse somme on disait: « Il te faudrait tout l’argent de Béziers ». Puis cette ville a vu péricliter son industrie et sa viticulture. Mais Béziers reste une forteresse (reconnue comme telle) de la culture occitane. C’est Béziers qui opposa en 1209 la résistance la plus héroïque et la plus célèbre aux armées du Nord commandées par Simon de Montfort. C’est à Béziers que tout le Midi est venu manifester le 17 mars 2007 pour défendre la langue occitane. C’est à Béziers que se trouve aujourd’hui le CIRDOC, le centre interrégional de documentation occitane, la plus grande médiathèque occitane du monde qui, à elle seule, ferait de Béziers le coeur de l’Occitanie. Cette ville pourrait, devrait, toute l’année, être la vitrine de la culture occitane. Béziers est aussi une des plus vieilles agglomérations d’Europe. Successivement habitat préhistorique, ville gauloise, cité grecque, oppidum gallo-romain, bourg médiéval et enfin capitale économique et culturelle de l’Occitanie, Béziers pourrait, devrait, toute l’année, être un haut lieu du tourisme archéologique, historique et culturel. 

Féria de jour, Béziers 2009 . Photo © Flickr.com Le Petit Biterrois
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à propos

Le COLBAC a pour but final l’abolition de la corrida. Nous nous opposons à la propagande et à la désinformation du milieu taurin, ainsi qu’à la justification de la torture animale comme relevant d’un art ou d’une tradition encore acceptable.

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