La corrida annoncée le 10 octobre 2026 à Palavas-les-Flots n’aura pas lieu. Le 24 septembre, le juge des référés du tribunal administratif de Montpellier a suspendu la décision du maire de ne pas faire usage de ses pouvoirs de police et lui a ordonné d’empêcher la tenue du spectacle.
Une décision importante, obtenue après plusieurs semaines de mobilisation associative et citoyenne, et qui pose une nouvelle fois la question centrale de la « tradition locale ininterrompue », condition nécessaire pour bénéficier de l’exception pénale permettant l’organisation de corridas.
Une corrida annoncée après près de dix ans d’interruption
Depuis près de dix ans, aucune corrida avec mise à mort n’avait été organisée à Palavas-les-Flots. Pourtant, Vincent Ribera Organisation, délégataire des arènes municipales, annonçait pour le 10 octobre 2026 une corrida avec six taureaux, avec notamment Morante de la Puebla et Clemente à l’affiche.
Une annonce d’autant plus surprenante qu’en 2017, le maire de Palavas, Christian Jeanjean, avait publiquement déclaré : « Tant que je serai maire, on ne fera plus de corrida. »
Sollicité par les associations, le maire avait cette fois refusé d’intervenir, faisant valoir que la programmation relevait du délégataire des arènes et que la Ville n’était « pas partie prenante de cette organisation ».
Deux recours devant le tribunal administratif
Face au refus du maire d’empêcher la corrida, deux recours en référé-suspension ont été engagés devant le tribunal administratif de Montpellier : l’un par l’Alliance Anticorrida, avec l’intervention volontaire de l’Association Stéphane Lamart pour la défense des droits des animaux, l’autre par le CRAC Europe et One Voice.
Les deux requêtes, portant sur la même question de droit, ont été jointes par le juge afin qu’il soit statué par une seule ordonnance.
Les associations demandaient notamment la suspension de la décision du maire refusant d’exercer ses pouvoirs de police et qu’il lui soit ordonné d’empêcher la corrida.
En parallèle, une forte mobilisation citoyenne
En parallèle des recours en justice, une importante mobilisation citoyenne s’est organisée une importante mobilisation citoyenne s’est organisée pour demander au maire de Palavas de s’opposer au retour de la corrida après près de dix années d’interruption.
Une pétition lancée par le CRAC Europe a recueilli plus de 10 300 signatures.
Le CRAC Europe, le COLBAC et l’association FUTUR ont également lancé une cyberaction invitant les citoyens à interpeller directement le maire par courriel et téléphone. Lire ici
Une manifestation était prévue le 10 octobre, jour de la corrida, si celle-ci était maintenue.
Au cœur de l’audience : qu’est-ce qu’une « tradition locale ininterrompue » ?
Le 23 septembre, le COLBAC était présent au tribunal administratif de Montpellier pour assister à une audience de plus de deux heures, au cours de laquelle plusieurs questions ont été longuement débattues.
La première concernait la décision même du maire de ne pas intervenir. La commune de Palavas soutenait notamment qu’aucune véritable décision de refus n’avait été prise. Les associations ont au contraire fait valoir que le maire avait été saisi de demandes précises et que son refus de faire usage de ses pouvoirs de police pouvait donc être contesté. La convention de délégation de service public (DSP) des arènes, produite au cours de la procédure, a également alimenté les débats, puisqu’elle explicite le rôle de la commune et son pouvoir de contrôle sur l’organisation des spectacles taurins, alors même que la municipalité affirmait ne pas être partie prenante dans l’organisation de la corrida.
Mais le cœur de l’audience a porté sur la notion de « tradition locale ininterrompue » et sur une question essentielle : après près de dix ans sans corrida avec mise à mort, les tientas et capéas organisées à Palavas pouvaient-elles suffire à maintenir une tradition de corrida ?
— Les avocats des associations anticorrida ont défendu une interprétation stricte de l’exception prévue par l’article 521-1 du Code pénal. Ils ont fait valoir que l’on ne peut mettre sur le même plan tous les spectacles taurins dès lors que les actes infligés aux animaux et leur gravité ne sont pas les mêmes. Le Code pénal lui-même établit une gradation entre les atteintes portées aux animaux : mauvais traitements d’un côté, sévices graves et actes de cruauté de l’autre. La mise à mort constitue un degré supplémentaire dans la violence infligée à l’animal.
Les affiches des tientas organisées à Palavas précisaient d’ailleurs expressément « sans mise à mort », signe que ces spectacles étaient eux-mêmes présentés comme distincts d’une corrida. Leur organisation pendant ces dix années ne pouvait donc suffire à maintenir une tradition de corrida avec mise à mort.
Cette distinction était d’autant plus significative que ces spectacles sans mise à mort avaient continué à être organisés après que le maire eut lui-même annoncé qu’il n’y aurait plus de corrida à Palavas.
Plus largement, les avocats ont rappelé le sens de l’exception légale, décrite comme une sorte de « clause de non-retour » : une pratique cruelle ne doit pas pouvoir renaître, pas plus qu’elle ne doit pouvoir s’étendre à de nouveaux territoires. Le progrès ne peut faire marche arrière.
— La commune de Palavas, représentée par le fils du maire, avocat et conseiller municipal, ainsi que l’avocat de la société organisatrice Ribera Organisation, ont défendu une lecture opposée. Pour eux, la tradition ne doit pas être réduite à la seule corrida avec mise à mort mais appréciée plus largement à travers la continuité de la culture taurine espagnole : tientas, capéas, écoles taurines et transmission de cette culture d’une génération à l’autre. Elle a notamment fait valoir que les tientas et capéas comportent elles aussi des atteintes aux animaux (pique ou pose de banderilles) et que le choix d’un type de spectacle plutôt qu’un autre ne suffisait donc pas à caractériser une interruption de la tradition.
C’était finalement tout l’enjeu du débat : la permanence d’une culture taurine au sens large peut-elle suffire à maintenir l’exception pénale permettant de réintroduire, près de dix ans plus tard, une corrida avec mise à mort ?
Le juge donne raison aux associations anticorrida
Dans son ordonnance du 24 septembre, le juge retient tout d’abord l’urgence, compte tenu des « conséquences irréversibles pour les taureaux » qu’aurait entraînées la tenue du spectacle.
Surtout, il rappelle qu’une corrida, qu’elle se conclue ou non par la mise à mort du taureau, constitue un « mauvais traitement volontaire envers des animaux, pénalement réprimé par l’article 521-1 du code pénal ».
Le juge constate alors « l’absence de tradition locale ininterrompue d’organisation d’événements taurins avec mise à mort de taureaux » dans l’ensemble démographique auquel appartient Palavas-les-Flots. Il estime donc qu’en l’absence de tradition locale ininterrompue d’événements taurins avec mise à mort, il existait un doute sérieux sur la légalité du refus du maire d’empêcher la corrida.
Le tribunal a en conséquence suspendu cette décision et ordonné au maire de faire usage de ses pouvoirs de police pour empêcher la corrida dans un délai de sept jours.
Ce que signifie la décision du tribunal
La portée de cette décision doit être précisément comprise. Le juge des référés n’a pas encore tranché définitivement le litige : l’ordonnance suspend la décision du maire jusqu’à ce que le tribunal statue au fond sur sa légalité.
Mais cette décision n’en est pas moins importante !
Après Pérols et La Brède, la décision de Palavas vient ainsi conforter une lecture stricte de l’exception dont bénéficie encore la corrida et renforce la lutte : lorsque la tradition de corrida s’interrompt sur un territoire, son retour devient juridiquement plus difficile.
— Le maire prend un arrêté :
Conformément à l’injonction du tribunal administratif, le maire Christian Jeanjean a pris le 28 septembre un arrêté indiquant que le spectacle du 10 octobre « n’est pas autorisé ».
Mais le maire ne renonce pas pour autant à contester l’ordonnance : l’arrêté mentionne explicitement le pourvoi formé par la commune devant le Conseil d’État et insiste sur le caractère provisoire de la décision de référé. Il précise également que l’interdiction est prononcée sous réserve d’une éventuelle décision contraire du juge judiciaire de Nîmes (lire plus bas). L’arrêté a été publié le 30 septembre.
De leur côté, Vincent Ribera Organisation et le Club taurin Paul Ricard de Fourques ont annoncé le remboursement des billets, tout en indiquant vouloir poursuivre les démarches judiciaires.
À Béziers, Robert Ménard réagit par une campagne d’affichage
Bien que la Ville de Béziers ne soit en rien concernée par cette affaire, le maire de Béziers n’a pas pu s’empêcher d’y aller d’une nouvelle provocation et de dérouler, une fois encore, le tapis rouge à la corrida.
Le jour même de la décision, Robert Ménard a indiqué avoir contacté le maire de Palavas et le délégataire des arènes pour leur proposer Béziers comme solution de repli et avoir également fait une proposition à Morante de la Puebla.
Une campagne d’affichage « Interdit à Palavas – Bienvenue à Béziers » a ensuite été déployée dans la ville.
Une nouvelle démonstration du soutien appuyé de la municipalité biterroise à la corrida, au moment même où la justice venait d’en rappeler la cruauté et le caractère pénalement répréhensible.
Un autre front judiciaire à Nîmes
L’affaire n’est pas terminée. Parallèlement et simultanément à la procédure administrative, l’Alliance Anticorrida a saisi le tribunal judiciaire de Nîmes, juridiction compétente pour se prononcer sur l’application de l’article 521-1 du Code pénal.
L’audience est fixée au 7 octobre 2026. L’arrêté du maire de Palavas mentionne lui-même cette procédure et précise que l’interdiction administrative du spectacle est prononcée sous réserve d’une décision contraire du juge judiciaire.
L’enjeu dépasse donc désormais la seule corrida du 10 octobre, qui est annulée. La suite des procédures devra permettre de préciser davantage encore dans quelles conditions une commune ayant cessé d’organiser des corridas pendant plusieurs années peut – ou non – prétendre les réintroduire.
Cette formidable victoire en référé marque en tout cas une étape importante : après près de dix années sans corrida à Palavas-les-Flots, les mises à mort ne feront pas leur retour dans les arènes le 10 octobre.





Parmi les très nombreux articles consacrés à la décision du tribunal administratif empêchant le retour de la corrida à Palavas-les-Flots, Hérault Tribune revient plus largement sur l’avenir de la corrida en France et donne la parole à ses défenseurs comme à ses opposants.
Interrogé par le journal, le COLBAC revient notamment sur le rôle déterminant du soutien des collectivités locales dans le maintien de la corrida et sur la portée des récentes décisions de justice de Pérols, La Brède et Palavas : Duel de banderilles entre pro et anti : la corrida vit-elle ses dernières heures en France ? Lire ici.