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Sondage Ifop-Sud Radio : le regard des habitants des villes taurines sur la corrida est-il si favorable à la tauromachie ?

un homme de dos dans des gradins

Il y a plusieurs mois, Robert Ménard nous avait alertés avec des sous-entendus surprenants : ” Vous allez voir que la majorité des Biterrois n’est pas opposée aux corridas comme vous le prétendez ! “. Notre curiosité était à son comble, mais rien ne venait. Le 6 juin 2022, Sud Radio révélait enfin un sondage exclusif relatant le regard des habitants des villes taurines sur la corrida. Invité à commenter les résultats à l’antenne, le maire de Béziers s’est réjoui : ” La corrida est infiniment populaire et largement majoritaire dans ma ville ! ”  

Pas si clair… Examinons les résultats en détail.  

Les chiffres en détail

L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 602 personnes âgées de 18 ans et plus. Cet échantillon est représentatif de la population des communes disposant d’une arène classée « première catégorie » : Arles, Bayonne, Béziers, Dax, Mont-de-Marsan, Nîmes et Vic-Fezensac.

Les interviews ont été réalisées par téléphone du 24 au 29 janvier 2022. (Remarque : comment Robert Ménard pouvait-il être si sûr de lui en septembre 2021, date à laquelle il a fait allusion à cette enquête pour la première fois ?).

Ci-dessous, nous reproduisons la conclusion des auteurs du sondage : 

Conclusion des auteurs du sondage.

L'adhésion à différentes mesures relatives à la corrida

Suppression de la mise à mort du taureau

71 % des habitants des villes taurines sont pour le maintien des corridas, mais 61 % d’entre eux sont pour la suppression de la mise à mort dans une corrida. C’est la preuve que, en dehors des aficionados, les sondés ignorent ce qu’est une corrida, car la mise à mort constitue l’essence même de la corrida espagnole : elle fait partie intégrante du rituel et si elle ne se produit pas, il n’y a plus de corrida. Il y a là une contradiction flagrante dans les réponses qui démontre la méconnaissance et le désintérêt des populations pour la corrida.
En réalité, cela signifie plutôt que 61 % ne veulent plus de la corrida avec mise à mort. 

À Béziers, ce sont 56 % des habitants qui sont favorables à la suppression de la mise à mort ! C’est donc une large majorité qui ne veut plus de corrida de type espagnole ou qui souhaite la rendre moins cruelle en l’amputant de son troisième tercio – la mise à mort – ce qui est bien sûr inenvisageable pour ses protagonistes et ses défenseurs, pour les raisons évoquées ci-dessus. 

L'interdiction aux mineurs de moins de 13 ans

Autre élément notable à relever : une majorité d’habitants (63 %) souhaite l’interdiction de la corrida à tous les mineurs de moins de 13 ans. À Béziers, ce pourcentage s’élève à 72 % ! 

Robert Ménard va-t-il en tenir compte pour cesser de soutenir l’école taurine de Béziers, les initiations à la tauromachie dans les centres de loisirs de la ville, la gratuité et les tarifs préférentiels des places de corrida pour les enfants ? Non, car il fait passer l’intérêt du mundillo – qui est d’assurer la relève de l’aficion – avant celui des enfants qui doivent être protégés de toute forme de violence. Rappelons que le Comité des droits de l’enfant de l’ONU a exhorté la France, en 2016, à tenir les mineurs à l’écart de la tauromachie sanglante en raison de sa violence. Il est donc de la responsabilité des maires des villes taurines de prendre des mesures pour protéger les enfants des scènes de violence envers les animaux.   

Interdiction à tous les mineurs de moins de 13 ans - Résultats ville par ville

À l’antenne de Sud Radio, Robert Ménard s’est dit, en revanche, favorable à l’interdiction des enfants de moins de 13 ans non accompagnés (mesure à laquelle sont favorables 71 % des habitants des villes taurines et 78 % des Biterrois, selon le sondage).
Cette mesure est hypocrite : comment un parent va-t-il protéger son enfant de la vue d’un taureau qui saigne et agonise sous les coups d’un homme ? 
Elle est par ailleurs complètement absurde : combien d’enfants de moins de 13 ans se présentent seuls au guichet d’une arène !? Probablement aucun. Et s’il y en a, il ne peut s’agir que d’enfants déjà très initiés…

L'expérience de la corrida

“Avez-vous déjà assisté à une corrida ?” Parmi les sondés qui ont répondu “oui”, rien n’indique s’ils ont vu une ou plusieurs corridas. La question “Assistez-vous régulièrement aux corridas ? ” aurait été plus significative, mais les réponses affirmatives certainement moins nombreuses ! 

En revanche, le fait de n’avoir jamais assisté à une corrida en dit long.

Ainsi, 67 % des 18-24 ans ne sont jamais allés aux corridas : malgré les efforts importants faits par le milieu taurin pour attirer les jeunes vers les arènes, ces derniers refusent la tauromachie cruelle qui n’est plus en accord avec les valeurs sociétales actuelles. Ce sondage montre ce que nous savons déjà : la corrida est ringarde.  

À noter également que seulement 55 % des 50 – 64 ans et 57 % des 35 – 49 ans ont vu une corrida ; pour la plupart d’entre eux, cela remonte à plus de 3 ans. C’est donc une partie non négligeable de la population des villes taurines qui n’est pas intéressée par la corrida. Dès lors, comment peut-on parler d’attachement populaire très fort à la culture taurine ?

Par ailleurs le tableau ci-dessus montre qu’un quart des gens ayant assisté à une corrida, il y a plus de 3 ans, sont favorables à son interdiction totale. Ces personnes émettent donc un avis en connaissance de cause. En revanche, 55 % des personnes n’ayant jamais vu de corridas ne sont pas favorables à leur abolition. Ils sont opposés à leur interdiction par principe, mais n’ont jamais pu juger réellement de la cruauté des corridas. 

À Béziers, les chiffres sont explicites : un habitant sur deux n’a jamais assisté à une corrida ! 
Et parmi les 48 % de Biterrois qui sont allés voir une corrida, seulement 8 % en ont vu une récemment (moins de 3 ans) ; les autres ont assisté à une ou plusieurs corridas il y a plus de 3 ans et n’y sont pas retournés depuis. Cela prouve le désintérêt et le peu d’attachement à la culture taurine. Or, d’après Robert Ménard, cette culture est “l’ADN de Béziers” ! 

Résultats ville par ville.
L'appartenance de la corrida à la culture des villes taurines

“Estimez-vous que la corrida fait partie intégrante de la culture des villes de tradition taurine ?”. Cette question est orientée, car les réponses auraient été différentes si elle avait été formulée plus honnêtement : “Estimez-vous que la mise à mort publique d’un taureau fait partie intégrante de la culture des villes de tradition taurine ? “. 

Mais surtout, le sondage montre que considérer la corrida comme faisant partie intégrante de la culture locale ne signifie pas vouloir la maintenir : 

  • 17 % des habitants qui considèrent que la corrida fait partie de la culture locale ne sont pas favorables à son maintien ; 
  • et 21 % des habitants qui considèrent que la corrida fait partie de la culture locale sont favorables à son interdiction totale en France ! 

La question de l’abolition de la corrida n’est pas une question de culture ou de coutume locale ; c’est une question d’éthique et de souffrances animales. Le fait qu’une pratique, qui fait de la torture animale un spectacle, soit ancrée dans la culture locale ne justifie pas son maintien. On doit regarder l’acceptabilité d’une telle pratique aujourd’hui. 

Les propos de Robert Ménard au micro de Sud Radio

À la lecture objective des résultats du sondage, rien ne permet à Robert Ménard d’affirmer qu’à Béziers « la corrida est infiniment populaire » et « largement majoritaire ».

(Preuve supplémentaire : il faut nécessairement une féria et des touristes pour espérer remplir les gradins des arènes de Béziers lors d’une corrida. Hors féria, il y a maximum 500 spectateurs dans les arènes biterroises pour assister aux spectacles de tauromachie sanglante ; or, ces dernières comptent 13 000 places).

Par ailleurs, toutes les enquêtes d’opinion montrent que les mentalités évoluent vers plus de respect pour le bien-être animal et une meilleure prise en compte des souffrances inutiles infligées aux animaux. Si Béziers va à contre-sens de ces avancées sociétales, Robert Ménard ne doit pas s’en réjouir mais plutôt s’en inquiéter : quelle image peut véhiculer une ville qui exalte la violence envers un animal alors que la société la rejette ? Quelle fierté pour Béziers d’être en décalage avec le reste de la population française, sur un sujet aussi consensuel que le bien-être animal ? Ce n’est pas glorieux d’être à la traîne d’avancées sociétales majeures, surtout lorsqu’elles concernent l’abandon de pratiques violentes et la protection d’êtres vivants sensibles. 

Robert Ménard affirme qu’il n’est pas amateur de corrida et qu’il refuse les leçons « de moraline à quatre sous » : au temps de l’esclavage, aurait-il condamné les planteurs esclavagistes afin de défendre une tradition locale, en faisant fi de toute morale, tout en affirmant « je ne suis pas moi-même un esclavagiste pur et dur » !?

Nous sommes d’accord avec Robert Ménard sur un point : la question de la corrida n’est pas une affaire de goût personnel. C’est une question d’éthique et de dignité humaine. Faire souffrir des animaux pour divertir des hommes est absolument indigne et abject. 

Conclusion

Ce sondage est-il aussi favorable à la corrida que le prétend Robert Ménard ?

Avec une majorité d’habitants favorable à la suppression de la mise à mort du taureau et à l’interdiction de la corrida aux mineurs de moins de 13 ans, il est difficile pour le milieu taurin de se réjouir objectivement de cette enquête, commandée par une radio pourtant acquise à sa cause. L’Union des Villes Taurines de France (UVTF) “s’est félicitée de ces chiffres” à travers un communiqué succinct et mensonger (voir ci-dessous).  Et force est de constater que ce sondage a été très peu médiatisé, tant dans la presse que sur les sites pro-corrida.
Le chroniqueur taurin du Midi Libre Béziers a eu l’honnêteté de donner un titre explicite à son article : ” Ce sondage qui rassure…un peu “. De même, dans le billet du jour, la journaliste du Midi Libre insiste sur “l’évolution vers laquelle la tauromachie doit s’engager pour s’adapter et perdurer” ; elle ajoute “finalement, ces chiffres valident aussi ce qui se dégage de l’opinion commune, de l’air du temps.” 

Et, “l’air du temps” n’est clairement pas favorable aux pratiques les plus cruelles envers les animaux puisque 84 % des Français jugent la protection animale importante (sondage IFOP de 2021 pour Woopets). 

Communiqué de l'Union des Villes Taurines de France

Dans la presse

Midi Libre - 8 juin 2022 (Cliquer sur la photo pour lire l'article de façon plus lisible)
Billet du Midi libre - 8 juin 2022
Petit Journal - 8 juin 2022
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