Législatives 2022 : Nicolas Cadène, le candidat pro-corrida investi par EELV à Nîmes

Publié le 19 mai 2022

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Qui aurait imaginé voir un jour EELV proposer à ses adhérents et sympathisants d’envoyer un pro corrida à l’Assemblée Nationale ? Personne et pourtant, c’est ce qu’il se passe dans la 6ème circonscription du Gard, département à forte implantation taurine s’il en est. Comment en est-on arrivé là ?

Tout a commencé le 28 avril quand LFI et EELV, bientôt rejoints par les nombreux autres partis dits « de gauche », ont signé un accord en vue des élections législatives: la coalition NUPES était née. Il a alors fallu répartir les 577 investitures NUPES au prorata des résultats du scrutin du 10 avril: EELV obtenait d’en présenter un total de 100 au niveau national, dont 7 pour les 48 circonscriptions que comprend la région Occitanie, dont une seule dans le Gard, la 6ème.

Cette 6ème circonscription devait revenir, ou du moins, c’est ce que l’on pensait chez EELV Languedoc-Roussillon, à Sibylle Jannekeyn : militante de longue date, conseillère fédérale et secrétaire d’EELV à Nîmes, celle-ci avait même trouvé son suppléant en la personne de Nicolas Pellegrini, porte-parole de La France Insoumise à Nîmes. Les choses se présentaient alors favorablement pour le parti EELV-NUPES.

Soudain, la machine s'est enrayée

La stupeur a été totale chez les militants EELV et les anti-corrida quand l’info a été publiée par Objectif Gard : à l’encontre de la volonté de EELV Languedoc-Roussillon, Sibylle Jannekeyn allait être écartée de l’investiture par les instances nationales et allait devoir s’effacer au profit d’un « candidat d’ouverture », le nîmois Nicolas Cadène, pro corrida assumé et donc en opposition avec les « 200 propositions pour les animaux en 2022 » qui promettent d’interdire la corrida et les combats de coqs.

Les réactions ne se sont pas fait attendre à l’annonce de ce que beaucoup considèrent comme une trahison des militants et des valeurs d’EELV (mais aussi de celles de son partenaire le parti LFI, qui s’est récemment affirmé désireux de mettre fin à la corrida). De toutes parts, et largement relayées par les médias, se sont élevées des protestations demandant aux dirigeants d’EELV d’abandonner une décision incompréhensible et nuisible au parti et aux animaux.

Le 17 mai, une « Tribune » signée de militants écologistes, d’élus, d’associations de protection des animaux – dont le COLBAC – a été publiée dans le JDD, demandant à Nicolas Cadène soit de se déclarer ouvertement opposé à la corrida et désireux de l’abolir, dans le respect des adhérents du parti qu’il a accepté de représenter – soit de se retirer.
Dans la dissension puisque lors de la mise aux voix, on a décompté d’un côté 9 votes et de l’autre 5 (et 1 abstention), EELV n’a rien lâché et, ce même mardi 17, Nicolas Cadènes est devenu le candidat officiel du parti. À l’heure actuelle, il ne s’est toujours pas prononcé contre la corrida et il s’est contenté d’assurer que le moment venu, il serait fidèle à la ligne du parti.

→ Tribune . Législatives : « Un candidat écolo de l’union de la gauche pro-corrida ? C’est non !  Journal Du Dimanche, 17 mai 2021

Incompréhension

Du côté des militants EELV et des anti corrida, on reste dans l’incompréhension. Pourquoi la direction est-elle allée chercher un personnage aussi politiquement versatile – certains diront « opportuniste » – que N. Cadène, tour à tour socialiste, centriste puis EELV-NUPES mais dont le soutien à Y. Jadot, s’il a existé, a été d’une discrétion redoutable – alors qu’une candidate incontestée était disponible sur place ? Il se dit que des liens d’amitié existent entre lui et Julien Bayou, le secrétaire général du parti, mais on n’ose voir là une réponse envisageable et la question reste actuellement en suspens.

Pourquoi avoir accepté un candidat dont la passion qu’il nourrit pour la corrida fait de lui un opposant direct à la volonté proclamée par EELV d’obtenir la fin de la tolérance accordée à ce cruel divertissement ? La direction nationale indiquerait-elle, en accordant son investiture à l’ancien rapporteur de l’Observatoire de la laïcité qu’est N. Cadène, sa volonté de donner la priorité à la question de la laïcité plutôt qu’aux questions environnementales et écologiques, comme le craint Laurent Dupont, secrétaire régional du parti ?

Comment accorder sa confiance à un personnage dont le nomadisme politique n’est plus à démontrer et qui semble davantage motivé par l’espoir de siéger à l’Assemblée Nationale que par une volonté farouche de défendre un idéal ? Certes, dans un tweet Julien Bayou vole à son secours et affirme que N. Cadène n’est pas celui que croient les anti corrida, qu’il sera d’ailleurs d’accord pour faire évoluer la loi vers moins de cruauté et vers l’interdiction des arènes aux mineurs car plus qu’à la corrida en soi, c’est à l’esprit de fête des ferias qu’il serait attaché, mais si tel est le cas, la conversion est récente car en 2019 encore, lors de son discours de réception à l’Académie de Nîmes, il s’exprimait ainsi :

« La corrida, certes, montre la mort, le plus souvent d’un animal – un taureau de combat, précisons-le – et ainsi choque légitimement. Cela, même si notre société est inondée chaque jour d’images barbares où des Hommes tuent d’autres Hommes, pour la puissance. Mais la corrida cherche à retracer la vie tout entière, qui n’a de sens que par sa brièveté. Elle ne peut donc nous l’illustrer que dans toute son ampleur, c’est-à-dire jusqu’à la mort, en nous en faisant ressentir puissamment ses émotions : la surprise, la peur, la tristesse, l’admiration, la joie, la sérénité, et parfois même, reconnaissons-le, l’ennui. » (Nicolas Cadène)

Pas vraiment la parole d’un homme prêt à dénoncer la corrida…

Une tambouille électorale peu appétissante

On croit savoir que c’est Catherine Legrand qui, sous l’étiquette du parti anti corrida LFI, assurera la suppléance de Nicolas CADENE, candidat pro corrida mais investi par le parti anti corrida EELV. Pas sûr que la tambouille ainsi proposée en juin par NUPES dans la 6ème circonscription du Gard rencontre beaucoup de succès auprès des électeurs motivés soit par le maintien soit par l’abolition de la tolérance accordée à la corrida. Ce serait un beau gâchis !

à propos

Le COLBAC a pour but final l’abolition de la corrida. Nous nous opposons à la propagande et à la désinformation du milieu taurin, ainsi qu’à la justification de la torture animale comme relevant d’un art ou d’une tradition encore acceptable.

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